Souvenir de femme
4 avril, 21 h 30, nous passâmes devant l’église « Notre-Dame » des Chartrons, malgré l’heure tardive, elle était encore ouverte. L’église Notre-Dame se trouve dans un ancien quartier de Bordeaux. Autrefois prénommé le faubourg des Chartrons, qui fut durant la seconde moitié du XVIII le lieu de prédilection des négociants en vin, où subsiste encore aujourd’hui de somptueuses demeures, c’est aussi le lieu où se trouve antiquaires et brocanteurs. Ce quartier, qui avait perdu au fil du temps de sa splendeur était en train de renaître à la vie devenant un des pôles artistique de Bordeaux.
L’immense porte vitrée laissa entrevoir l’éclairage qui venait de l’intérieur de l’église , et ce soir-là, la lumière qui transparaissait été une invitation à pénétrer en son sein.
Je lui fis la remarque :
— Tiens l’église est encore ouverte à cette heure !
Sans prévenir, il monta les marches doucement, mais d’un pas décidé, puis se dirigea vers la grande porte. Avec cette démarche à la fois nonchalante et rassurante avec un petit boitillement imperceptible que seul un œil exercé pouvait voir. Il était grand ; un mètre quatre vingts, de corpulence carrée avec un léger embonpoint, du à l’âge, quarante-cinq ans, mais aussi pour son penchant des plaisirs de la table.
Après une fraction de seconde, je lui emboîtai le pas. Il poussa la porte, et sans s’arrêter se dirigea vers statue de la Vierge Marie, où trôner le portrait de Jean-Paul II, qui venait de nous quitter quelques jours auparavant. Il y avait là, des dizaines de cierges d’où s’échapper un ballet incandescent de petites flammes toutes dédiées à la mémoire du Saint-Père, afin de l’accompagner dans son repos éternel.
Toujours sans un mot, il fouilla à l’intérieur de la poche de sa parka , trouva une pièce de monnaie, la mis dans le tronc pourvu à cet effet et pris un cierge, l’alluma et resta sans dire un mot. Spontanément, je fis la même chose que lui et la lueur de nos deux cierges se confondit aux autres.
Je restai là, prés de lui, malgré la puissante envie de prendre sa main dans la mienne, mais, je n’osai le faire, par pudeur, par crainte, je ne sais pas encore aujourd’hui.
J’ai toujours ressenti chez lui un mélange de force, de fragilité et une certaine réserve qui force la distance. Alors silencieuse, dans une sorte de communion intime, je restai là, à ses côtés.
Aujourd’hui encore, je me demande à quoi il pensait. Ce n’est pas pour rendre hommage au défunt Saint-Père qu’il pénétra dans cette église avec moi. Croyant il l’est, mais je reste persuadé qu’autre chose l’animé, mais je ne le serai jamais, car cela fait partie de ses pensées intimes.
Nous venions de dîner dans un charmant restaurant de la rue Notre-Dame, rue qui alterné restaurants, antiquaires et galeries de peinture et ateliers d’artistes.
Le restaurant, style bistrot du début du siècle dernier, au décor feutré, proposé une cuisine faite de produits du terroir avec des plats alliant modernité et tradition.
Je ne me rappelle même plus ce que j’ai mangé, je n’étais pas ici pour déguster tel ou tel mets, qui dans mon souvenir fut tout de même délicieux, mais tout était savoureux en sa présence. Le vin, merveilleux nectar, coulait dans nos bouches tout comme nos paroles. Nous, nous abreuvions autant de mots que de vin.
Je lui parlais de mon enfance, mes désirs, mes regrets, mes espoirs ainsi que mon approche de la religion, de « Dieu », bien que non-pratiquante, j’avais la foi. Il faut dire que mon éducation religieuse y était pour beaucoup, même si je me suis écartée de « Dieu » pendant une grande partie de ma vie, j’en été tout de même imprégné. Lui m’écoutait, me souriait, attentif à tout ce que je lui disais. Puis, soudain, me dit :
— « tu sais, tu n’es pas perdu pour l’église » — sur un ton mi amusé, mi-sérieux.
Je lui souris. Il me regardait à la fois avec force et tendresse. Oui il m’observait.
Nous avions déjà tellement parlé, nous étions capables de passer des heures à discuter. Nos conversations étaient de tout ordre, nous abordions tous les sujets, toujours à l’écoute de ce que disait l’autre, que nous soyons d’accord ou pas, il y avait toujours le respect de l’opinion de chacun.
Le seul sujet que nous n’abordions pas, était celui qui avait attrait au sexe.
Sa pudeur sur ce sujet, faisait que rarement nous en parlions et pourtant nous étions en parfaite osmose sur ce plan-là, l’amour nous le vivions, il n’en avait nul besoin d’en parler et moi, je respectai ce que j’appelle de la pudeur, mais celle-ci était peut – être simplement que du respect.
Après avoir dîné, et fait cette sorte de pèlerinage dans l’église, nous sommes rentrés chez lui .
Le trouble était présent, l’atmosphère était électrique, nos sens étaient en éveil, j’avais subitement froid, je tremblais et seul son souffle chaud sur moi parvenait à me réchauffer.
Il prit mon visage dans ses mains, m’embrassa, me guida doucement vers sa chambre.
La douceur de ses mains, son regard brillant et amusé, mais tellement rempli de tendresse, me fit glisser dans une volupté infinie.
Doucement, délicatement il m’ôta mes vêtements, un à un et me dis :
— « Nous sommes en train de pécher… tu sais, on nous observe ! d’un ton légèrement amusé, mais pas moqueur. C’était sa façon de s’exprimer toujours avec une grande subtilité d’esprit.
Oui, nous étions en train de commettre le péché, le péché d’adultère, marié tous les deux, lui séparé, moi pas encore. Et malgré nos croyances respectives, rien ne pouvait affaiblir ce puissant désir, qui nous anima tout au long de la soirée.
Nous étions amants depuis deux mois déjà et nous savions parfaitement ce que nous faisions.
Mais ce soir-là, la tension était arrivée à son paroxysme. Rien même pas la crainte de finir en enfer n’aurait pu m’arrêter.
À mon tour, je le déshabillai avec douceur et seul un voile de chaleur enveloppa notre nudité.
Nous étions comme des braises ardentes qui au moindre souffle s’enflammaient, tel un immense brasier.
Notre corps à corps se mire à ressemblait à une chorégraphie, alternance de rythme endiablé suivi de rythme langoureux tel un tango argentin.
Pas de musique pour nous guider, la seule musique que nous percevions c’était celle que nous avions en nous.
Chacun de nous prit possession de l’autre puis s’offrit à l’autre. Cette alternance de rôle donna une ardeur passionnée à nos ébats. Il émanait de chacun de nos gestes une intense sensualité. Une symbiose parfaite entre le corps et l’esprit se dégagé du fond de cette alcôve.
Puis, lorsque chacun de nous fut repu par tant d’amour, nos corps épuisés restèrent un long moment enlacé, enveloppé par une douce chaleur où seules nos respirations, brisées ce doux silence.
Ce soir-là, je lui offris mon corps, mon cœur et mon âme. Ce soir-là, il me fit mon plus beau cadeau — celui de mettre sentie devenir “Femme”, aucun autre amour auparavant ne n’avait apporter tant de bonheur.
Je me levai, m’habillai, je posai délicatement sur son front et sur sa bouche un tendre baiser, il me regarda et il me dit :
— « Merci». D’un ton tendre et comblé d’avoir tant donné et tant reçu.
Je parti doucement, avec cette certitude que j’étais devenue une autre femme, que ma vision de l’amour, que ma vie ne serait plus la même.
Nous avons encore vécu ensemble beaucoup de moments intenses, fait de partage d’émotions, de complicités, mais aussi de douleurs.
Mais cette soirée là, restera à jamais gravée en moi, jusqu'à mon dernier souffle.
Trishia le 23/11/06, reproduction interdite.
Toute ressemblance avec des événements ou des personnes existantes seraient que pur coïncidences.